peche-au-gros

Pêche au thon au large d'Arcachon : matériel et cadre légal

8 min de lecture
Pêche au thon au large d'Arcachon : matériel et cadre légal

Le retour massif du thon rouge dans le golfe de Gascogne a changé le visage de la pêche sportive sur la façade atlantique. Ce qui relevait de l’exception voilà vingt ans se pratique désormais chaque été à quelques heures de navigation de la côte. La pêche au thon à Arcachon reste pourtant une discipline à part : elle exige un bateau correctement armé, du matériel dimensionné pour un poisson capable de dépasser les deux cents kilos, et surtout le respect d’un cadre réglementaire strict, que beaucoup découvrent trop tard.

Ce que veut dire partir au thon depuis le bassin

Bateau de pêche sportive naviguant au large au lever du soleil, cannes de traîne armées

Une sortie au gros commence par une sortie des passes, souvent avant le jour, calée sur une phase de marée compatible avec l’état de la mer. Le franchissement de ce goulot conditionne toute la journée : une houle d’ouest levée sur des bancs de sable peu profonds crée une barre déferlante qui interdit purement et simplement le passage, quel que soit le programme prévu. Les meilleurs équipages annulent plus souvent qu’ils ne sortent.

Vient ensuite la navigation. Selon les années et la position des bancs, la zone de recherche se situe à plusieurs dizaines de milles nautiques du rivage, ce qui suppose une autonomie en carburant confortable et une journée de dix à quatorze heures porte à porte. Le bateau doit être armé pour la catégorie de navigation correspondant à son éloignement d’un abri, et l’équipage préparé à rester longtemps dans le mouvement.

Trois grands pélagiques concentrent l’attention sur cette façade. Le thon rouge d’abord, présent l’été et l’automne, le plus recherché et le plus encadré. Le germon, ou thon blanc, ensuite, plus petit, qui se pêche traditionnellement à la traîne lente sur les eaux du large en été. La bonite enfin, plus côtière en fin de saison, souvent rencontrée en chasse. Les rencontres avec d’autres grands prédateurs font partie du décor, notamment les espèces de requins que l’on croise réellement au large et dans les passes.

La recherche se fait à vue autant qu’à l’électronique. Oiseaux en action de chasse, écume, sauts caractéristiques, présence de bancs d’appâts sur le sondeur : les indices se cumulent, et une journée entière peut se résumer à trois minutes d’opportunité réelle. La patience compte davantage que la puissance du moteur.

Le matériel : ce qui casse et ce qui tient

Un thon de belle taille détruit sans effort un ensemble sous-dimensionné. La question n’est pas d’avoir du matériel cher, mais du matériel cohérent : une chaîne dont chaque maillon supporte la même contrainte, du frein du moulinet jusqu’à l’anneau brisé du leurre. La plupart des casses observées viennent d’un accessoire à cinq euros monté sur un ensemble à mille.

Trois approches dominent. La traîne, avec des leurres de surface tractés à sept ou huit nœuds, permet de couvrir du terrain et de trouver les poissons. Le lancer sur chasse, plus sportif, consiste à approcher un banc en activité et à lui présenter un leurre de surface de grande taille. La pêche à l’appât, enfin, associée ou non à une diffusion d’odeur, cible des poissons localisés et repose sur des hameçons circulaires qui se piquent dans la commissure plutôt que dans l’estomac.

TechniqueEnsemble courantLigne principaleLeurre ou appât
TraîneCanne stand-up 30 à 80 livresTresse ou nylon 60 à 130 livresJupe de traîne, poisson nageur plongeant
Lancer sur chasseCanne popping renforcéeTresse 80 à 130 livresStickbait ou popper de 150 à 200 grammes
Appât et dériveCanne stand-up puissanteTresse 80 livres, bas de ligne fluorocarboneAppât naturel sur hameçon circulaire

L’équipement du pêcheur compte autant que celui de la ligne. Le harnais de combat, ou au minimum une ceinture de gros, transfère l’effort sur les jambes et le dos plutôt que sur les bras. Des gants protègent des brûlures de tresse lors des saisies de bas de ligne, moment où surviennent la majorité des blessures à bord. Une épuisette de grande taille ou un dispositif de contrôle sans blessure remplace avantageusement la gaffe : on ne gaffe jamais un poisson destiné à repartir.

Deux points techniques méritent une attention disproportionnée par rapport au temps qu’on leur consacre habituellement. Le raccord entre la tresse et le bas de ligne, d’abord : un nœud mal serré ou mal lubrifié cède systématiquement au premier départ violent, et se refait tranquillement au port plutôt qu’en mer sous la pression. Le frein du moulinet ensuite, qui se contrôle au peson avant la sortie et non au jugé : un frein réglé à l’oreille se révèle souvent deux fois trop serré ou deux fois trop lâche. Ces deux vérifications prennent un quart d’heure et sauvent la plupart des poissons perdus.

Pêche au thon à Arcachon : le cadre réglementaire

Le thon rouge fait l’objet d’un plan de gestion international, décliné en droit français par des textes qui évoluent chaque année. Trois principes structurent ce cadre et ne varient pas dans leur logique, même si leurs modalités changent.

Premier principe : une autorisation nominative et annuelle est requise pour cibler l’espèce dans le cadre de la pêche de loisir, y compris lorsque la pratique se fait intégralement en relâcher. Elle se demande auprès de l’administration des affaires maritimes avant la saison, et elle ne s’improvise pas la veille du départ.

Deuxième principe : les captures doivent être déclarées selon les modalités fixées par l’administration. Un poisson conservé s’accompagne d’un dispositif de marquage attribué avec l’autorisation, à poser dès la capture. Un pêcheur qui débarque un thon rouge sans ce dispositif s’expose à des sanctions lourdes, sans rapport avec les contraventions habituelles de la pêche de loisir.

Troisième principe : le produit de la pêche de loisir ne peut jamais être vendu ni commercialisé, quelle que soit l’espèce. Cette règle générale s’applique évidemment aux grands pélagiques.

Le germon et la bonite ne relèvent pas du même régime d’autorisation spécifique que le thon rouge, ce qui n’exonère de rien : règles générales de la pêche maritime de loisir, obligation de marquage des espèces concernées, interdiction de vente, et respect des tailles minimales de capture. Confondre les régimes applicables à ces différentes espèces est une source d’erreur classique chez les équipages qui débutent au large, d’autant que plusieurs d’entre elles peuvent être rencontrées au cours de la même journée.

Le nombre d’autorisations, les quotas, les tailles minimales et les périodes ouvertes relèvent de décisions annuelles. Aucun chiffre lu dans un article, y compris celui-ci, ne remplace la consultation des textes en vigueur au moment de la sortie. Se renseigner directement auprès des services compétents reste la seule démarche fiable, et c’est aussi l’un des points que l’accompagnement par un professionnel qualifié permet de sécuriser pour un pratiquant occasionnel.

Le relâcher bien fait, une compétence à part entière

Thon relâché en surface, maintenu dans l’eau le long de la coque avant de repartir

La pratique du no-kill s’est imposée sur cette espèce, autant par obligation que par conviction. Encore faut-il la mener correctement, car un poisson mal relâché meurt hors de la vue de l’équipage, ce qui revient à prélever sans le savoir.

Le combat doit être court. Un frein réglé trop faible transforme une prise en épreuve d’une heure et épuise le poisson au point de compromettre sa survie. Un matériel dimensionné correctement permet de ramener le thon en quelques dizaines de minutes, ce qui reste le meilleur service à lui rendre.

Le poisson ne sort pas de l’eau. Ni pour la photo, ni pour la mesure, ni pour le décrochage. Un thon soutenu par les branchies ou soulevé par la queue subit des lésions internes que rien ne compense ensuite. Les images valorisantes se prennent le long de la coque, poisson immergé, en quelques secondes.

Le décrochage se fait à l’aide d’une pince à long manche. Quand l’hameçon est profond ou inaccessible, couper le bas de ligne au plus près reste la meilleure option : un hameçon simple laissé en place cause moins de dommages qu’une extraction forcée. La réanimation, enfin, consiste à maintenir le poisson face au courant, moteur au ralenti, jusqu’à ce qu’il reparte par ses propres moyens.

Sécurité : la vraie contrainte d’une journée au large

Aucune prise ne justifie de sortir dans de mauvaises conditions. La consultation du bulletin météorologique marine avant l’appareillage constitue le premier geste de la journée, et le second consiste à définir à l’avance le seuil au-delà duquel on renonce. La houle compte davantage que le vent instantané : une mer de trois mètres de creux rend le franchissement des passes dangereux même par vent faible.

L’armement de sécurité obligatoire dépend de la distance d’éloignement d’un abri, répartie en plusieurs catégories de navigation. Une sortie au large relève des catégories les plus exigeantes, avec notamment une VHF fixe, des moyens de repérage lumineux et un équipement individuel de flottabilité par personne embarquée. En cas d’urgence, la VHF sur le canal 16 et le numéro d’urgence maritime restent les moyens d’alerte à privilégier, avant tout appel à un proche.

La répartition des rôles à bord se décide avant le départ, pas au moment du départ de ligne. Qui tient la canne, qui pilote, qui prépare l’épuisette, qui saisit le bas de ligne : sur un pont encombré de cannes armées, l’improvisation coûte cher. Le moment de la saisie du bas de ligne concentre à lui seul l’essentiel du risque, avec un poisson encore puissant à portée immédiate et une ligne tendue capable de sectionner une main nue. Un briefing de cinq minutes suffit à éliminer la plupart de ces situations.

Un plan de navigation laissé à terre, mentionnant la zone visée et l’heure de retour prévue, coûte deux minutes et change tout en cas de problème. Le mal de mer, souvent sous-estimé, se prévient avant l’embarquement et non pendant la crise : un équipier hors service est un équipier qui ne peut plus aider. Hydratation, protection solaire et repas légers complètent une préparation qui ressemble davantage à celle d’une navigation qu’à celle d’une partie de pêche. Ceux qui découvrent ces sorties trouveront un cadrage plus général dans ce qu’implique l’organisation d’une journée en mer au départ du bassin.